Friday, June 16, 2006

LHistoire s'oublie

L’histoire de France.

A quoi pense t’on quand on lis « Juifs, arméniens, Tutsis » ? On pense massacre et génocide. A quoi pensez vous si on vous dit « tsigane, amérindiens, Bamiléké » ?
Dans le premier cas vous penserez, pour la plupart, aux stéréotypes habituels de romanichels, de vagabonds institutionnalisant le vol. Dans le second cas vous imaginerez les Western des années 60-70, des huttes, des chevaux et des bisons. Dans le troisième cas vous ne saurez pas de quoi ou de qui on vous parle…
Détendez vous et lisez ici une page de l’histoire de France, qui ne figure pas aux programmes scolaires…une tragédie de l’histoire de France qui n’a jamais été commémoré…encore moins chaque année. Un épisode de l’atrocité coloniale qui tente de se faire oublier par les générations…un génocide exécuté par les Français…Lisez afin de ne pas oublier…c’est aussi ça l’histoire de France…

Repartons en 1955, pour certains d’entre vous cela évoque Johnny Hallyday, pour d’autre la guerre d’Algérie.

Le peuple Bamileke est Camerounais, d’origine Bantou. Il compte actuellement près de 3milions de personnes. La religion a beaucoup d’importance pour les Bamileke qui peuvent être aussi bien chrétiens que musulmans, mais toujours en respectant la tradition/religion de respect des ancêtres. Les origines du peuple Bamileke remonteraient à l’Égypte pharaonique, en effet la langue « mère » Bamiléké et ses variantes, ont beaucoup de racines communes avec la langue Pharaonique.

J’aurai voulu vous en dire plus sur l’histoire et la culture de ce peuple mais ce n’est pas l’objet de cet article. En effet notre sujet aujourd’hui est hélas beaucoup moins académique et beaucoup plus tragique. Il s’agit d’informer à propos d’un génocide qui a pris place entre 1955 et 1965 en Afrique centrale et dans lequel entre 800 000 et 1 million de personnes ont trouvé la mort sous les bombes et balles françaises.

Il est difficile d’établir les faits de manière précise car il plane autour de cette tragédie une brume nommée censure. En France tout d’abord, où l’on accepte de parler d’histoire que si les coupables ne sont pas français ou si la communauté « génocidée » peu exercer une pression économico politique suffisante; mais aussi au Cameroun ou les manuels d’histoires sont élaborés par la France et ou le pouvoir, sous couvert de préservation de l’unité nationale, refuse de parler des exactions dans lequel il était compromis.

Ce que l’on sait de manière certaine, c’est qu’un million de Bamiléké ont été massacré par l’armée Française et « Camerounaise » sur une période de 10ans (avec des pauses). Les deux bourreaux se nommaient Charles De Gaule et Ahidjo. Cela se passait dans un contexte de lutte pour l’indépendance dans laquelle les résistants étaient Bamiléké. De Gaule était alors en pleine séance de traçage de frontières et de distribution de pouvoir aux « amis » capable de maintenir les « intérêts » français en Afrique centrale. Le même De Gaule qui s’était réfugié au Cameroun en 1940 exprimant sa joie devant l’accueil qui lui avait été réservé, en parlant d’un retour de confiance en lui-même. Le même De Gaule qui se fit prêter une forte somme d’argent par la communauté Bamiléké (dont le talent inné pour l’épargne et le business est connu) pour lutter contre les Nazi et libérer la France. Prêt accompagné, par ailleurs, d’une reconnaissance de dette en règle, jusqu’ici non honoré par la France.

Puis les aspirations légitimes, reconnues par la Déclaration des Droits de l’Humain et de l’ONU, à l’autodétermination firent jours, les grands idéaux de l’hexagone disparurent. Dans un contexte de colonisation impérialiste, s’établit alors toute une propagande à l’encontre des Bamiléké; fer de lance de la lutte. Le pouvoir néo colonial qui se mettait alors en place, fit appel à l’armée française à fin de « mater » une rébellion qui allait à l’encontre des intérêts français (l’invitation fut faite par Mr Sadou Daoudou, alors ministre de la défense de M Ahidjo. Les français envoyèrent un Corps expéditionnaire composé de vétérans de la guerre d’Indochine pour diriger les opérations de l’armée « régulière » Camerounaise. Voici ce que le colonel Jean Lamberton, stratège de la répression spécialement chargé des maquis Bamiléké disait :

«Le Cameroun s'engage sur les chemins de l'indépendance avec dans sa chaussure un caillou bien gênant. Ce caillou c'est la présence d'une minorité ethnique, les Bamiléké en proie à des convulsions dont ni l'origine ni les causes ne sont claires pour personne. Sans doute, le Cameroun est-il désormais libre de suivre une politique à sa guise et les problèmes Bamiléké sont du ressort de son gouvernement. Mais la France ne saurait s'en désintéresser. Ne s'est elle pas engagée à guider les premiers pas du jeune État et les problèmes ne les lui a-t-elle pas légués non résolus?». (5)

C’est donc ainsi que la France a « guidé » les « premiers pas » du « jeune État »…en massacrant 1 million de femmes, d’enfants, de personnes âgées et d’hommes innocents!

Le fameux Jacques Foccart, qu’il serait trop long de présenter ici vu l’étendu de ses exactions mais dont on peut aisément dire qu’il fait passer Milosevic pour un chanteur efféminé de Star Academy, était favorable à l’extermination massive des Bamiléké, que les « services » français présentaient comme hostiles aux intérêts de l’Empire.
François Xavier Verschave nous dit :

" Foccart expédie au Cameroun une véritable armée : Cinq bataillons, un escadron blinde, des Chasseurs bombardiers T26. A sa tête, un vétéran de guerre d'Indochine et d'Algérie, le Général Max Brillant, surnomme " le Viking ". En Extrême-Orient, ce colosse blond a commande durant deux ans la 22e RIC, les « Casseurs de Viets ». (.) Le Général Brillant se pose en rouleau compresseur, et le Colonel Lamberton en stratège. (.) La lutte anti-guérilla menée par les Commandos coloniaux est d'une brutalité inouïe. Vagues d'hélicoptères, Napalm. C'est une préfiguration de la guerre du Vietnam que se jouent les vétérans d'Indochine. Leur rage est d'autant plus grande que sur plusieurs fronts ils remportent des succès ponctuels. "

Voici un autre témoignage édifiant, celui de Max Bardet, Officiers pilote d’hélicoptère, qu’il nous livre en 1988 dans un livre intitule OK Cargo.

" En deux ans, de 1962 a 1964, l'armée régulière a complètement ravage le pays
BAMILEKE. Ils ont massacre de 300 000 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils
ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques, les
BAMILEKE n'avaient aucune chance (.) Les villages avaient été rasés, un peu
comme Atilla "…
Plus le temps passe, plus les chances de pouvoir faire reconnaître ce génocide, que les coupables demandent pardon et que les victimes puissent faire leur deuil, sont minces. Surtout à l’heure où l’on ose parler de rôle « positif de la colonisation », où l’on entend en France des discours haineux envers toutes idées de débat sur l’histoire coloniale de manière dépassionnée. Le repli de l’intelligentsia française démontre hélas la force de la théorisation coloniale et, depuis la fin des années 60, néo coloniale sur les débats. Les Français ont cette idée que quelqu’un qui leur parle d’histoire où les bourreaux sont français, veut qu’ils aient honte d’être Français ou que reconnaître un passé de bourreau détruirait la conscience d’une nation bienfaisante qu’ils ont construite. Ce génocide risque d’être effacé des mémoires avant qu’il ne le soit, agissons pour que tout ceci serve au moins d’exemple! Pour que l’on puisse un jour dire : « Voila comment certains ont essayé et presque réussi à rendre l’humanité amnésique ».
Accepter les torts et regarder l’histoire en face ne pourra être que positif pour le futur, afin que ce genre d’histoire arrête de se répéter…afin que l’emprise néo coloniale se relâche, que l’Afrique (et avec elle l’ensemble du monde colonisé) autodétermine son présent, son futur et puisse enfin respirer. Et qu’enfin! les peuples puissent se parler « d’homme à homme »…

1 comment:

claude said...

salut je me nomme claude toko etudiant en technologie vegetale en france je vient de lire votre document mai je ne sais pas ce qui le justifirai sinon j'ai ecris a quelqu'un au cameroun pour lui en informer afin qu'il poursuive des recherches sur ce theme
claukamtaux@voila.fr